N’entendez-vous pas ce dimanche deux supplications qui se répondent ? Un amour premier et fidèle qui supplie sans cesse. « Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux…Il en attendait de beaux raisins mais elle en donna de mauvais /…/ Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! » C’est le chant du bien aimé pour sa vigne. Il la prépare, lui construit une tour, un pressoir. Tout est prêt ! C’est le chant d’amour de Dieu pour son peuple, sa supplication ! Il fait tout pour sa vigne, il fait tout pour son peuple, il lui veut le Bonheur…et il attend. A travers le peuple élu, c’est toute l’humanité qui est appelée. L’Evangile reprend l’image et l’amour va « jusqu’au bout de l’amour » puisque Dieu va envoyer son Fils dans l’espoir que les vignerons se convertissent.
« Dieu de l’univers reviens ! /…/ Jamais nous n’irons loin de toi. Fais nous vivre et invoquer ton nom. Fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés. » C’est la supplication des hommes. Ce cri n’est possible que pour ceux qui ont entendu le chant de Dieu. Il faut parfois du temps. Mais il est un Dieu patient, capable de crier sans se lasser pour que l’homme revienne. La supplication de l’homme est réponse à l’amour premier de Dieu. Revenir à Dieu est au-delà de notre simple force. La seule demande qui nous est faite est de consentir à ce retour, de se laisser attirer. Notre seule force est de ne pas en avoir outre celle de la confiance. Oui, le cri des hommes est bon car il montre que l’homme ne se décourage pas, et qu’il est toujours tourné vers Dieu.
La tour et le pressoir de la vigne ! Ils sont une image possible. Trop souvent, nos cris se trompent de direction. Nous avons soif mais nous nous tournons vers les faux dieux de l’argent, du pouvoir, de la gloire… Le drame ; l’homme cherche à être aimé mais cherche ailleurs car ne « voit pas » que Dieu le recherche déjà.
Dans la scène décrite en Isaïe, reprise d’une certaine façon en Matthieu, nous avons une tour et le pressoir. Il me plaît de les imaginer comme le lieu de convergence de nos yeux et de nos cœurs. Dieu sur une hauteur : une montagne, souvent dans la Bible, ou une tour comme ici. Il regarde et crie : « regardez ce que j’ai fait pour vous », et voit nos chemins de traverse, nos chemins trompeurs…
Cette tour, je la vois comme image de la Croix et le pressoir de ce qui recueille le vin de l’Alliance nouvelle. En son fils, Dieu est monté sur une hauteur : la Croix. Attaché par les clous de l’amour, de l’amour blessé, Dieu ne peut rien faire de plus que ce qu’il n’a déjà fait, par la mort et résurrection de Jésus. En Jésus, tout est fait, tout est donné ! La Croix et le pressoir, la Passion et le sang rédempteur. A la lumière des textes, osons regarder la croix et entendre le cri de Dieu qui appelle, ce cri d’amour de Dieu pleinement exprimé dans le mystère de l’Eucharistie.

P. Laurent de La Taille, curé