La parabole que nous venons de lire dans l’évangile de ce dimanche est bien connue de tous. Jésus raconte l’histoire de trois serviteurs à qui un homme, partant en voyage, confie ses biens. Nous connaissons la suite. Celui qui en a cinq en gagne cinq autres, celui qui en a deux en gagne deux autres alors que celui qui en a un, par peur, préfère l’enfouir en terre.
Une telle page de l’évangile est à la fois réaliste sur notre vie actuelle et riche d’enseignement sur la vie future. Une lecture rapide nous gêne.
En effet, le fait (ce qui n’est pas le cas en Saint Luc) que tous n’aient pas le même nombre de talents va à l’encontre de notre mentalité, et de notre ressenti profond. Au nom de l’égalité, il est difficile de ne pas être pareillement doué. Pourtant l’évangile nous le dit sans difficulté. L’homme donna « à chacun selon ses capacités. Puis il partit. » Pas de gêne à avoir. Cet homme sait discerner les capacités de chacun. C’est ainsi ! La charité envers nous-mêmes nous presse de nous accepter comme nous sommes et celle envers autrui consiste à se réjouir du talent ou des talents des autres. Car la charité nous donne de comprendre que ce que nous avons ou ce que l’autre a est pour le bien de tous, au service de tous.
Ainsi le premier enseignement que nous pouvons recevoir et méditer ensemble est bien cette acceptation de notre réalité et non notre rêve ainsi que le service de tous qui incombe à tous.
Deux autres messages peuvent être retenus. D’une part le cercle vertueux de l’amour et aussi celui de l’audace. En effet, celui qui s’est vu confier cinq talents en gagne cinq ainsi que le serviteur qui s’en est vu confier deux.
Plus on a et plus on gagne. Mais transposons cela dans le domaine de l’amour qui est le domaine de Dieu ! Plus nous aimons et plus nous développons notre capacité d’amour, alors que si nous restons étriqués, enfermés sur nous-mêmes, enterrés… nous nous asséchons. Oui, nous vivrons une sclérose du cœur, incapables d’aimer vraiment ! Nous ne cesserons de nous recroqueviller sur nous-mêmes. Le début de l’évangile se fait ainsi plus clair encore ! Jésus parle de sa venue et pour avoir part à son Royaume, il est urgent d’aimer en vérité.
D’autre part et dans la même veine, la parabole des talents nous invite à l’audace dont la base est entre autres l’acceptation du risque. Le danger est plus grand de perdre deux ou cinq talents qu’un seul, et pourtant… Si nous rapprochons cela une fois encore de l’amour, nous saisissons là encore que l’amour vrai, non seulement se développe en aimant, mais qu’il nécessite audace et inventivité pour croître. L’audace est donc un atout puisqu’elle est appelée à se fonder en Dieu.
Que demander au Seigneur en ce dimanche si ce n’est d’accepter les talents qui sont les nôtres pour que, dans l’amour et pour la venue de Jésus, nous les fassions produire du fruit. Que le Seigneur nous donne cette audace qui nait de l’amour !

Père Laurent de La Taille, curé

Prenez l’écho des clochers n°10