Pour l’édito de cette semaine, je me permets de vous mettre un long extrait de l’homélie de notre évêque lors de la messe du 15 novembre à la cathédrale en lien avec les attentats qui ont marqué Paris.

mains en prière/…/ Quand Jésus dit de veiller, il ne recommande pas se s’enfermer chez soi, fut-ce en prière, en attendant que «cela passe». Il invite à un agir avec lui, à coopérer avec lui. Il invite à laisser s’exprimer en nous et autour de nous le dynamisme de la foi, de la charité et de l’espérance, à nous nourrir et nous laisser vivifier par la Parole de Dieu et les sacrements, à apprendre à donner et à recevoir au cœur du peuple de Dieu, lui-même au cœur du monde. En vous parlant de cela, frères et sœurs, je ne vous parle pas d’une sorte de «kit de survie dans le monde», je vous parle de l’eau assurée dans le désert, du pain assuré dans la disette, de cette eau et de ce pain partagés, offerts, de la parole de Dieu révélée et vécue par les saints. Il va nous falloir beaucoup de courage et mobiliser les forces intérieures et le meilleur de nous-même, et trouver ou retrouver les sources de la force morale, des convictions personnelles, des valeurs communes. Elles doivent être dites, nommées et vécues.
Commençons par le courage, autrement dit par la vertu de force. L’être humain est affronté au danger non seulement quand il sort du sein de sa mère et que le cordon ombilical est coupé, mais même bien avant sa naissance. Il est en danger toute sa vie. Il est compréhensible qu’il cherche à se protéger, et à protéger ses proches et tout le monde, de dangers mortels prévisibles. Mais vouloir éviter tout danger ou même vouloir échapper à la guerre quand elle est là n’est tout simplement pas humain, pas digne de l’homme.
Nos forces de liberté et d’initiative, notre générosité, nos capacités de courages ont là, et peuvent s’éveiller, surtout si nous sommes nourris à la source et encouragés par la société où vivent l’homme et la femme. S’ils cèdent à la tentation de rester figés dans la peur, c’est comme s’ils voulaient cesser de donner la vie, d’être des vivants. Et pour nous chrétiens, et pour beaucoup d’autres croyants, Dieu est le Dieu des vivants et non des morts. Et même des athées pourraient dire : si Dieu existe, il ne peut qu’être source de vie et aimer la vie dans sa plénitude, il ne peut que bannir la haine et le meurtre, d’autant plus que le meurtre est en réalité un blasphème !
La peur est à la racine de la xénophobie, elle est la maladie de celui et de celle qui ne voient plus l’être humain comme un frère mais seulement comme un autre, en craignant toute différence et en voulant même éradiquer toute différence en supprimant les personnes elles-mêmes. Nous pouvons nous aussi être gagnés par la peur. Ne soyons pas naïfs en nous berçant de l’illusion que la paix se gagnera vite et sans sacrifices… soyons prudents, en suivant les consignes de sécurité données par les autorités, mais n’abdiquons pas ce que nous sommes en nous terrant, en nous recroquevillant dans un égoïsme mortel, ou en cédant au chantage.
Et travaillons de toutes nos forces à une éducation des jeunes et des anciens à ce qui est juste et vrai. Car la deuxième cause des meurtres réside dans l’ignorance, le mensonge et l’injustice, elles-mêmes souvent germes de peur.
L’ignorance n’est pas seulement l’illettrisme : bien des gens fort capables de lire et de parler plusieurs langues et de faire des calculs sombrent dans le fanatisme. Mais c’est la méconnaissance et la mésestime de l’autre comme personne. Et quand l’ignorance rencontre l’injustice, dont le chômage fait partie, et le mensonge, aussi séduisant que mortel, ce mélange est détonant et explosif.
Si la société n’a rien à dire ou à offrir que le profit, la réussite égoïste et individuelle, qu’il n’y a plus personne pour montrer la beauté de l’existence et des valeurs, si tout se vaut et que chacun fait ce qui lui plait, si la source de la morale est le seul droit positif et la seule loi civile du moment, c’est le découragement ou la révolte, puis l’anarchie.
Et quand on ne connait aucun idéal, on peut se jeter dans n’importe quelle aventure meurtrière. Nous souhaitons ardemment que les nouvelles générations fassent leurs les idéaux portés par notre pays et l’Europe où ils vivent. Mais il faut pour cela que nous cessions de passer notre temps à nous renier, à rejeter nos racines, ou à supporter qu’on le fasse en nous contentant de sourire ou de nous plaindre. /…/

Feuille de l’Echo des Clochers n°12