DSC02873Nous ne sommes que peu habitués, voir pas du tout, à ce style dit
apocalyptique dont sont écrites les lectures de Daniel et de l’Evangile de ce
dimanche. L’impression qui s’en dégage est celle d’un catastrophisme dont nous
pouvons avoir une idée par certains films abordant la fin du monde. A l’image des
effets spéciaux cinématographique, ce style veut donner une vigueur aux mots et
aux paroles. Mais sans pour autant que notre imagination ne coure dans les pires
scénarios. Preuve en est dans l’Evangile de la tension entre son début et sa finale.
En effet, Jésus décrit en un même passage les signes cosmologiques – le ciel, la
lune, les étoiles – les signes du figuier et conclut par cette finale : « Quant à ce
jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas
même le Fils, mais seulement le Père. » A la fois, nous sont donnés les signes dans
le ciel, une comparaison agricole pour « aider » au discernement et une ignorance
du moment, seul connu du Père. Jésus révèle, enseigne mais ne menace pas. Si les
signes décrits sont donnés avec un style imagé, ils ne signent ni ne décrivent une
fin du monde à la minute près.
Les livres apocalyptiques avec leur style sont des livres de révélation pour
maintenant et non un livre de prédiction. Notre danger est la propension à nous
réfugier dans un passé idéalisé ou de nous perdre dans un futur qui, n’existant pas
encore, serait lui aussi magnifié. C’était mieux hier ou ce sera mieux demain !
Quoiqu’il en soit, fuyons le présent !
L’attitude spirituelle de vivre au présent est à la fois forte et délicate.
Accueillons comme programme de vie cette phrase si simple et si belle :
« J’abandonne le passé à la miséricorde de Dieu ! Je confie l’avenir à sa douce
providence ! Je consacre le présent à son amour » Voilà notre vocation, loin de
toute nostalgie et de toute peur. Jésus nous prévient pour que nous vivions sereins
le présent. Être et vivre le présent comme attachés à la Présence nous donne aussi
de mieux saisir le mouvement de la liturgie.
Elle nous rappelle – ce que nous savons déjà – que l’histoire n’est pas, en terre
chrétienne, cyclique avec un éternel retour par les mêmes points, pour
recommencer les mêmes évènements. Comme si nous étions amnésiques d’une
année sur l’autre. La liturgie nous rappelle que le sens de l’histoire est en spirale. Nous repassons
certes par les mêmes fêtes et les mêmes célébrations mais pour mieux nous en
imprégner et mieux en découvrir la richesse. En repassant par les mêmes temps
liturgiques, nous avançons vers Dieu. Ecrire cela en ce 33ème dimanche du temps
ordinaire sert à souligner cette dimension. La teneur des Evangiles à venir concerne
la venue de Jésus, aujourd’hui comme au 1er dimanche de l’Avent. La fin de
l’année liturgique chevauche la nouvelle car l’histoire continue ; nous avançons
encore vers Dieu. Le temps de conversion nous est encore donné.
Alors l’ultime leçon à retenir est que le présent est certes le temps de Dieu mais
plus encore qu’il est un cadeau divin qu’il ne faut pas gâcher pour grandir dans la
foi, l’espérance et la charité.

Père Laurent de La Taille, curé

Feuille de l’écho des clochers n°11