Marie et Jésus« Marie s’en alla ‘‘avec hâte’’, ‘‘avec empressement’’… Ce mot va loin, car d’où lui vient cette hâte ? La vitesse de son pas répond au désir de son âme ; elle marche au pas du bon Dieu sans vouloir enjamber sur lui. Si elle est pressée, ce n’est ni le doute, ni la curiosité au sujet de ce que l’Ange lui a dit ; elle croit de toute son âme et n’a donc rien à attendre d’une expérience ; elle est aussi sûre du miracle qui triomphe de la vieillesse de sa parente que si, déjà elle l’avait constaté.
Ce qui la presse de la sorte, c’est la charité du Christ. Comme son ‘‘oui’’ à la divine volonté semble l’écho du ‘‘voici je viens faire ta volonté’’ dit par le Seigneur ‘‘entrant dans ce monde’’ (Hé 10, 5), ainsi son empressement de maintenant est la réalisation humaine de l’amour de celui qui vient répandre le Saint-Esprit.
En se faisant homme et en acceptant d’être limité par l’espace et par le temps, comme toute nature humaine, le Seigneur daigne compter sur les siens pour remplir son œuvre et réaliser les vues de son amour. /…/ Sa vie (celle de Marie) s’est placée au service de la rédemption en accueillant le Rédempteur ; c’est là ce qui presse son pas.
Ainsi, l’empressement de Marie va nous rappeler la règle et la mesure de la charité fraternelle ; il s’agit, pour nous, de tendre à aimer notre frère comme le Christ l’aime, et de mettre nos désirs et nos efforts dans l’alignement de cet idéal. /…/ Le chrétien devra toujours se demander si son pas se règle sur ses impressions changeantes, sur ses égoïsmes, la peur de se fatiguer et d’être dérangé ou, au contraire, sur les intentions divines en la volonté de mettre sa vie, ses efforts et ses désirs en harmonie avec elles.
Une autre pensée qui peut retenir l’attention /…/ c’est l’idée de service. /…/ Ce qui compte pour Dieu, lui qui ‘‘voit dans le secret’’, ce sont les réalités d’âme ; aussi n’y-a-t-il rien là que de très logique avec son infinie sagesse ; la ‘‘Servante du Seigneur’’ devient servante d’Elisabeth, la mère de Dieu se met au service d’une vieille parente, tout comme le Fils de Dieu se fait esclave et serviteur des hommes. /…/
Enfin, le Magnificat nous introduit dans les pensées de la Vierge, qui sont la lumière intérieure éclairant tout le reste. Ce qui l’occupe pendant qu’elle marche, qu’elle salue et qu’elle sert, c’est Dieu. »

Extraits de Marie Mère du Christ et mère des chrétiens de J M Perrin, op

Feuille de l’Echo des clochers n°16